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L'enceinte

3bisf, lieu d'art contemporains

Aix-en-Provence

du 6 mars au 19 avril 2019

Directrice artistique : Diane Pigeau


Mars


2019

Acier Inoxydable PVC expansé, cordage, bouées de pare-battage, mdf, pin, poulies, quincaillerie

6x5x3 mètres



[...] A l’entrée de l’exposition, trône une imposante machine, dans le sens que le théâtre attribue à ce terme, désignant les appareillages qui permettent d’animer les décors en coulisses. Le titre de l’oeuvre, Mars, trouve un écho dans la blancheur aseptisée de la sculpture, invoquant l’esthétique aérospatiale, tandis que sa forme d’aile articulée la rattache à l’imaginaire des apparitions angéliques, ou encore aux machines volantes de l’âge renaissant. De manière générale la pièce renvoie aux élévations utopiques de l’imaginaire. Demeurant en suspend entre terre et ciel, son aspect aérien n’en fait pas pour autant un objet de rêveries désincarnées. Tout autour d’elle, de lourds cordages l’arriment à la pesanteur. Les verticales que dessinent ces drisses entravent l’envol de sa silhouette. Ils représentent une attache visuelle au sol, et plus précisément au socle, dont la découpe matérialise l’ombre portée de la structure. Celle-ci semble aspirer à se défaire de sa matérialité tout en y étant irrémédiablement attachée, un ange mélancolique méditant sur le mystère des solides qui l’incarnent.


Héritiers d’une tradition qui remonte à l’antiquité, nous associons volontiers les figures géométriques aux instances de l’esprit, de la raison, voire de l’ordre universel. Les solides réguliers étaient tenus par les physiciens de l’antiquité comme des outils conceptuels permettant de classer la matière en cinq éléments : le feu était représenté par le tétraèdre, la terre par le cube, l’air par l'octaèdre, l’eau par l’icosaèdre, et l’éther par le dodécaèdre. L’ensemble de ces corps parfaitement symétriques, et dont les arrêtes présentaient une droiture toute idéale, figuraient par extension la part rationnelle des esprits qui se consacraient à leur étude. Au moyen-âge, ces associations d’idées nous sont parvenues par le biais des encyclopédies arabes dont les enluminures tout en pavages géométriques constituaient comme le prolongement mystique. A la Renaissance les figures euclidiennes incarneront ainsi le renouveau de la raison dans les arts, avant d’annoncer la mise au carreau des structures sociales par les architectes du siècle des Lumières. Au vingtième siècle encore, les pavages de plan ou de volumes au moyen de modules géométriques sont aussi bien convoqués pour figurer des modèles théoriques dans le champ de l’astrophysique que pour représenter des manifestations spirituelles dans celui de l’ésotérisme. Leur invocation, permettant d’établir des correspondances entre microcosme et macrocosme, invite spontanément à glisser dans la sphère métaphysique.


Mais dans cette oeuvre, les choses ne peuvent totalement glisser dans l’abstraction intellectuelle. C’est bien au monde physique qu’elle s’attache, et solidement, en sollicitant le geste, le plaisir que l’on éprouve à faire usage de ses mains, à jouer avec les choses matérielles et à se laisser surprendre par ce qui leur advient. Car en dehors de leur présence visuelle, les cordages de cette pièce permettent avant tout au visiteur de manipuler la sculpture, et cette fois directement. C’est à son tour ici de tirer les ficelles. Les articulations s’actionnent, le volume se replie ou se déploie, souvent de manière inattendue, pour activer les possibles de la forme. Les combinaisons sont multiples et les comportements du volume difficilement prévisibles, car le solide ouvert, non fini, se laisse redéfinir à l’infini. Le jeu opère de la sorte à tous les niveaux. Si l’ensemble constitue comme un jeu de d’assemblage géant c’est que ses facettes présentent du jeu au niveau des jointures : le patron de la figure articule des formes géométriques planes, mais leurs côtés sont courbes, au lieu d’être droits comme dans les solides réguliers, si bien que la structure se bombe et se retourne, générant des volumes dont on ne perçoit pas tous les ressorts. Enfin, il y a du jeu dans le jeu lui-même puisque le but à atteindre n’est pas défini. La règle reste à inventer et à réinventer encore.[...]


Norbert Godon


Aide à l'installation :

Jocelyne Rodriguez

Romain Cuvilliez


Production :

3bisf


Remerciement :

Camille Llobet,Cathryn Boch, les estivants


Photographies :

©JC Lett


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